Isaac de BENSERADE (1613 - 1691) Epigramme Je mourrai de trop de désir, Si je la trouve inexorable ; Je mourrai de trop de plaisir, Si je la trouve favorable. Ainsi je ne saurais guérir De la douleur qui me possède : Je suis assuré de périr Par le mal ou par le remède. Isaac de BENSERADE (1613 - 1691) Sur la ville de Paris Rien n'égale Paris ; on le blâme, on le louë ; L'un y suit son plaisir, l'autre son interest ; Mal ou bien, tout s'y fait, vaste grand comme il est On y vole, on y tuë, on y pend, on y rouë. On s'y montre, on s'y cache, on y plaide, on y jouë ; On y rit, on y pleure, on y meurt, on y naist : Dans sa diversité tout amuse, tout plaist, Jusques à son tumulte et jusques à sa bouë. Mais il a ses défauts, comme il a ses appas, Fatal au courtisan, le roy n'y venant pas ; Avecque sûreté nul ne s'y peut conduire : Trop loin de son salut pour être au rang des saints, Par les occasions de pécher et de nuire, Et pour vivre long-temps trop prés des médecins. Isaac de BENSERADE (1613 - 1691) Sur une coquette Une foule d'amants, que chez vous on tolère, De vos facilités cherche à s'avantager ; La patience même en serait en colère, Etes-vous un butin qu'il faille partager ? N'avez-vous rien à craindre, et rien à ménager ? Quoi ! tous également attendent leur salaire Avez-vous résolu de me faire enrager A force de vouloir éternellement plaire ? Enfin, si je suis las de ce que cent rivaux Se disputent le prix qu'on doit à mes travaux, Vous devez l'être aussi de ce qu'on en caquette Votre honneur est en proie aux escrocs, aux filous Et si vous excellez en l'art d'être coquette, Je n'excelle pas moins en l'art d'être jaloux.