Alphonse ALLAIS (1854-1905) Rimes riches à l'oeil L'homme insulté‚ qui se retient Est, à coup sûr, doux et patient. Par contre, l'homme à l'humeur aigre Gifle celui qui le dénigre. Moi, je n'agis qu'à bon escient : Mais, gare aux fâcheux qui me scient! Qu'ils soient de Château-l'Abbaye Ou nés à Saint-Germain-en-Laye, Je les rejoins d'où qu'ils émanent, Car mon courroux est permanent. Ces gens qui se croient des Shakespeares Ou rois des îles Baléares! Qui, tels des condors, se soulèvent ! Mieux vaut le moindre engoulevent. Par le diable, sans être un aigle, Je vois clair et ne suis pas bigle. Fi des idiots qui balbutient! Gloire au savant qui m'entretient! Alphonse ALLAIS (1854-1905) Nous nous étalons Nous nous étalons Sur des étalons. Et nous percherons Sur des percherons ! C'est nous qui bâtons, A coup de bâtons, L'âne des Gottons Que nous dégottons !... Mais nous l'estimons Mieux dans les timons. Nous nous marions A vous Marions Riches en jambons. Nous vous enjambons Et nous vous chaussons, Catins, tels chaussons ! Oh ! plutôt nichons Chez nous des nichons ! Vite polissons Les doux polissons ! Pompons les pompons Et les repompons ! (...) Du vieux Pô tirons Quelques potirons ! Aux doux veaux rognons Leurs tendres rognons, Qu'alors nous oignons Du jus des oignons ! (...) Ah ! thésaurisons ! Vers tes horizons Alaska, filons ! A nous tes filons ! Pour manger, visons Au front des visons, Pour boire, lichons L'âpre eau des lichons. Ce que nous savons C'est grâce aux savons Que nous décochons Au gras des cochons. Oh ! mon chat, virons, Car nous chavirons ! Alphonse ALLAIS (1854 - 1905) Le châtiment de la cuisson appliqué aux imposteurs Chaque fois que les gens découvrent son mensonge, Le châtiment lui vient, par la colère accru. " Je suis cuit, je suis cuit!" gémit-il comme en songe. Le menteur n'est jamais cru.